Sans condition
- Naomi Monson

- 19 déc. 2025
- 2 min de lecture
Être de plus en plus nombreux à sentir mal, à ne plus sentir.
Sentir mal, tomber dans les épanchements de la sensiblerie.
Combien ne sont-ils pas ceux qui se disent hypersensibles, alors qu'ils ne s'agit en réalité que d'une atrophie de leur capacité de jugement, de raisonnement, qu'ils excusent par leur exceptionnalisme, celui des mièvreries vaseuses, du manque de tenue, du souci démesuré de soi. Un exceptionnalisme de moins en moins exceptionnel tant il est partout: le carnaval des narcisses qui résonnent tous isolément sur les mêmes fréquences.
Ne pas sentir, autre versant du manque de sensibilité qui s'écroule ici non dans la vase mais dans la machine. Le sentir est enterré au service du mode d'emploi. Abandon partiel ou total de toute part honnête et vibrante de notre humanité.
Nous voici donc, gesticulants, obéissants, aboyants parfois.
De plus en plus soumis à ce qui semble de moins en moins tangible.
Notre rapport à nous-même est invectivé, baignés que nous sommes dans le mode de vie opératoire propre aux "how to", aux "tutos", aux logiciels en tout genre dont nous copions inconsciemment le fonctionnement.
Et, pour peu que l'on ait encore une âme, ressentir un malaise devant le cours des choses.
L'âme. Muette, paralysée, éteinte.
Mais bien présente.
L'âme, à l'ère du transhumanisme aussi creux que ne l'est son potentiel de destruction, est la seule possibilité d'échapper à la mortification du vivant.
Celles et ceux qui se fient aux propagandes du jour et en absorbent sans résistance le degré de délire sont sans doute les plus atteints, maladivement atteints, par la destruction de leur for intérieur. Il ne s'agira donc ni de les blâmer, ni de les accabler. Il s'agira simplement, pour ceux dont l'âme est restée vibrante, de ne pas suivre leur exemple.
Sur ce terrain-là, celui de l'âme, le seul ennemi, le seul allié, ne peut être que soi-même.
Mépriser la pente glissante et si facile que les experts des élans mortifères nous proposent. Ne pas tomber sous la menace de la faiblesse.
Ne pas étouffer vivants.`
Ne pas mourir vivants.
Sentir éperdument encore la douleur des hommes, la beauté du monde, le mystère qui réside en tout à chaque instant.
Être impuissants, peut-être.
Être inutiles, certainement.
Prendre la mesure de ce sentiment.
Le soleil se lève, sans condition.
La mer nous berce, sans condition.
La terre nous porte, sans condition.
Et l'univers, tout entier, nous crie: vous n'avez pas compris.



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