Bon ami
- Naomi Monson

- 1 août 2019
- 2 min de lecture
Et donc, et donc
nous sommes ainsi ici, et moi, et lui,
et puis chacun
qui
de bon matin
se lève à sa manière.
Lui a peur de sortir de sa tanière,
elle qui arbore un sourire fier,
ou l'autre encore qui a passé sa nuit dehors,
celui-ci, celle-là qui a bu sans très bien savoir
pourquoi.
Il avait mal, il avait froid.
Alors,
alors,
il leur a bien fallu, à lui, à elle,
une compagnie
quelqu'un qui veille.
De bon matin, les amis, les amants,
ont fait comme si cela n'était qu'un bon moment,
une erreur, soi-disant.
"C'est l'alcool"! S'exclame-t-il en bredouillant.
La veille, pourtant,
elle et lui,
s'étaient endormis
l'espace d'un instant,
un refuge sans faux-semblants.
Oui! Quelle naïveté, ils n'osent pas
ils n'osent plus
y penser.
A leurs regards,
presqu'amoureux,
à l'apaisement
de n'être que deux.
Impossible, cette tendresse
ils la camouflent en maladresse.
De toute façon, regardez-les! N'est-il pas lui son opposé?
Et elle que pourrait-elle lui trouver?
Et puis leurs milieux, ça va de soi,
sont incompatibles, cela se voit!
La voilà donc, se pavanant,
et partout se déguisant,
préférant
afficher
une force glacée,
au lieu de sa douceur se l'avouer.
Lui, fait le brave, le bon ami,
celui qui
par politesse, par sympathie, par compassion,
est prêt à accueillir l'être fragile
et lui offrir sa protection.
Et puis il y a les autres!
Pour jaser, pour détester, et aimer
le tout
le transformer,
l'arrangeant ça et là
de faits qui n'en furent pas.
Bons amis, êtres chers,
de votre amour vous n'êtes pas fiers.
Et pourtant
c'est celui-là
qui vous permet, à vous, à moi,
d'échapper à votre effroi.
Le désir à bout de bras,
la douceur,
n'y pensez pas!
Peut-être préférez-vous leur retirer l'élégance première
en l'enrobant d'une autre manière,
plus bestiale, ou plus directe,
cela vous rend, pensez-vous, moins bête.
Mais dans vos murmures seulement,
ce qui se trame au-dedans,
il y a ceci
de réservé,
ce secret
que vous gardez.
Une invisible vérité.
Vous l'aimez.



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